Drie bedrijfsleiders PIP overleden

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Prothèses PIP : le cercle des associés disparus

Affaires. Trois administrateurs des sociétés de Jean-Claude Mas, qui avaient élaboré des montages financiers complexes, sont décédés.

Par OLIVIER BERTRAND Envoyé spécial à Toulon

Il ne faisait pas bon être associé de Jean-Claude Mas, fondateur de PIP, fabricant de prothèses mammaires emplies de gel toxique. Cela portait la poisse. Depuis 2007, trois administrateurs de sociétés qui contrôlaient PIP pour son compte depuis le Luxembourg et les Etats-Unis sont morts, emportant les secrets d’un montage complexe. Comme on en rencontre d’ordinaire dans les dossiers d’évasion fiscale ou de blanchiment.

Iles Vierges. Dès le début des années 90, plusieurs sociétés ont été montées au Luxembourg et aux îles Vierges, charmant paradis fiscal. Parmi elles, Milo Finance, créée en 1998 pour prendre le contrôle de PIP - et monter parallèlement des sociétés civiles immobilières (SCI). Notamment la SCI Prince Michel, créée avec des apports en espèces pour acheter, à Six-Fours-les-Plages (Var), une maison dans laquelle vit aujourd’hui la famille Mas. Un homme portait les parts de Jean-Claude Mas dans toutes ces sociétés : Alain Sereyjol-Garros, juriste français reconverti conseiller fiscal au Grand-Duché. Mais, au milieu des années 2000, Jean-Claude Mas a des soucis avec lui. «Monsieur Sereyjol, qui était l’actionnaire principal, m’a fait chanter», indiquera-t-il aux gendarmes le 18 novembre 2010.

Cela ne dure pas : le 27 janvier 2007, après une première tentative sept mois plus tôt, Alain Sereyjol-Garros se défenestre de son appartement du centre de Luxembourg. Pas d’effraction, pas d’enquête de police. Selon un beau-frère, le suicide a été très inattendu, mais Alain Sereyjol-Garros avait d’autres soucis que PIP. Une ancienne responsable de l’entreprise a raconté la suite aux gendarmes : «A la mort de [Sereyjol], son compagnon - je ne me souviens plus de son nom - a hérité de la société. Lui aussi est mort. A ce moment-là, s’est posée la question de savoir comment M. Mas pouvait prouver qu’il détenait la société Milo.»

Le compagnon en question s’appelait Fabio Pezzera. Il a été retrouvé par sa femme de ménage le 20 mai 2007, dans le même appartement d’où Sereyjol s’était jeté. Il aurait fait une overdose à 39 ans. En guise d’épitaphe, les statuts des entreprises montées pour le compte de Mas indiquent que les deux hommes ont été «révoqués» quelques semaines après leur mort. Le procureur du Luxembourg a depuis demandé la liquidation des principales sociétés. Elles n’avaient pas de siège social au Luxembourg, pas de comptes déposés depuis 2002.

Un fonds de pension américain, Gem, associé de Milo Finance dans un holding monté en 2003 aux Etats-Unis pour introduire PIP en Bourse, a alors saisi la justice luxembourgeoise. Il réclame une créance de 3 millions de dollars (2,3 millions d’euros). Le représentant en France de ce fonds s’appelait Fabrice Viguier, un banquier d’affaires varois longtemps proche de Mas. Après la fermeture de PIP, il a tenté de reprendre pour le compte de Gem une partie des actifs de l’entreprise, contre l’avis de Mas, qui développait un projet similaire avec ses enfants. Mais Fabrice Viguier s’est tué à moto, en compagnie d’un ancien importateur de PIP, en août 2011.

«Banqueroute». La famille Mas a finalement abandonné, cet hiver, l’idée de reprendre l’activité, devant l’ampleur du scandale. Les procédures pénales et civiles se multiplient, mais Jean-Claude Mas a soigneusement organisé son insolvabilité. En juillet 2010, il a déposé au registre du commerce de Luxembourg un document, daté de 1999, dans lequel Alain Sereyjol-Garros cède à Jean-Claude Mas et sa compagne les parts dans la SCI Prince Michel, propriétaire de la luxueuse maison de Six-Fours. Puis, en septembre 2010, Jean-Claude Mas a cédé ses parts à sa compagne et à leur fils, pour se retrouver sans le sou.

Vendredi, une avocate, Christine Ravaz, a demandé au parquet de Toulon d’enquêter sur des soupçons de «banqueroute frauduleuse, abus de biens sociaux, organisation frauduleuse d’insolvabilité et blanchiment aggravé» visant l’ancien patron (qui n’a pas souhaité répondre à nos questions) et sa famille.

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Affaire PIP : les montages financiers acrobatiques de M. Mas

Jean-Claude Mas était un bon vendeur. Mais le patron de la société PIP n'a jamais eu le goût de la gestion d'entreprise, de la tenue des comptes, du détail financier,déclarait récemment au Monde son avocat, Me Yves Haddad, qui le fréquente depuis cinq ans. Est-ce pour cela que l'argent de sa société s'avère à ce point difficile à retrouver pour la justice ?

En 2007, au sommet de sa gloire, la compagnie réalisait un chiffre d'affaire de plus de 13 millions d'euros, notamment grâce aux talents de VRP de M. Mas en Amérique latine, où il écoulait l'essentiel de ses implants mammaires défectueux. C'était avant que la crise économique n'épuise son carnet de commande et ses clients douteux ; avant que la multiplication des accidents et des plaintes ne jette le doute sur les implants PIP.

Vendredi 20 janvier, à Toulon, le liquidateur de l'entreprise varoise mise en faillite en mars 2010 était assigné en référé. Il ne s'est pas présenté à l'audience, "faute de fonds en compte". Une plainte a été déposée le même jour par une victime contre la famille de Mas, contre PIP et contre X. Elle vise notamment des faits de banqueroute frauduleuse, d'abus de bien sociaux, d'organisation d'insolvabilité et de blanchiment aggravé. "Nous voulons savoir où sont passés les actifs de PIP", a résumé Me Christine Ravaz, l'avocate de la victime. La tâche risque d'être difficile.

PARADIS FISCAUX ET ÉCHAPPÉE AMÉRICAINE

En 1998, la compagnie PIP, fondée dans le Var sept ans plus tôt, passe sous le contrôle de deux sociétés-écrans basées au Luxembourg, Milo Finance et Penny Holding. Les deux compagnies sont administrées par un juriste français installé dans le duché, Alain Sereyjol-Garros, suicidé en 2007.

Ce sont ces sociétés-écrans qui coifferont PIP lorsque la compagnie s'en ira quêter de l'argent frais auprès de fonds d'investissements américains en 2003, sous un prête-nom local, pour continuer à se développer. Selon les déclarations de M. Mas aux gendarmes, les banques européennes "abandonnaient" alors sa compagnie, en "supprimant des lignes d'escompte".

Jean-Claude Mas s'allie donc à un aventurier de la chirurgie esthétique, Donald McGhan, ancien employé du laboratoire de Dow Corning, la société qui fabriqua les premiers implants mammaires américains, au début des années 1960. McGhan, qui a dirigé plus tard l'une des principales société d'implants au monde et connu de nombreux démélés avec la justice, purge aujourd'hui une peine de dix ans de prison au Texas, pour avoir utilisé à son compte les fonds de ses clients dans une compagnie immobilière.

Les deux hommes se partagent les parts de la compagnie Heritage Worldwide, qui rachète 94 % de PIP en février 2003 à Milo Finance, selon le rapport de l'administrateur judiciaire de la compagnie au Tribunal de commerce de Toulon, qui a prononcé la liquidation de PIP le 30 mars 2010. La société est basée dans l'Etat du Delaware, souvent considéré comme un paradis fiscal. L'introduction d'Heritage en bourse, sur le segment OTC du Nasdaq, lui a permis de leverplusieurs millions de dollars.

MORT DES ADMINISTRATEURS

Parmi les administrateurs de Heritage, on retrouvait, en 2003, M. Sereyjol-Garros, qui sera écarté peu après de la gouvernance des compagnies par M. Mas. Aux gendarmes, ce dernier a décrit son associé luxembourgeois comme le "principal actionnaire" de PIP. Il l'accuse de l'avoir fait "chanter" en 2005 "sur des déclarations fausses concernant l'entrée en Bourse" de la compagnie aux Etats-Unis.

D'après une source judiciaire au Luxembourg, M. Sereyjol-Garros s'est jeté par la fenêtre de son appartement, fin janvier 2007, à 66 ans. Selon Libération, il avait fait une première tentative de suicide à l'été 2006. Son compagnon, Fabio Pezzera, est mort d'une overdose quatre mois plus tard, dans le même appartement, à 39 ans.

La mort de ces deux hommes, non déclarée au registre du commerce luxembourgeois bien que la loi l'impose, a entraîné la liquidation des sociétés qu'ils administraient - sans siège social au Luxembourg ni comptes déposés depuis 2002, selon Libération. La procédure est toujours en cours.

En août 2011, un troisième homme ayant travaillé aux montages financiers de PIP est mort, dans un accident de moto, dans le Var : le banquier d'affaire Fabrice Viguier, qui avait organisé le rachat de PIP par son prête-nom américain Heritage, via le fonds de pension californien Gem. Il réclamait une créance de 2,3 millions d'euros à PIP devant la justice luxembourgeoise. Après la fermeture de PIP, Gem avait été choisi comme repreneur de l'entreprise, alors que M. Mas développait un projet concurrent avec sa famille.